Documentaire
| Home library | Call number | Status | Date due | Barcode | |
|---|---|---|---|---|---|
| 1- Médiathèque d'Ambérieu Etage | APA 41 (Browse shelf(Opens below)) | En réparation | 0594901004 |
Riche et savoureuse polenta, sa saveur ne s'oublie pas ! Rita Secco nous conte sa vie de fille d' émigrés italiens pauvres, arrivés en France en 1923, que ce plat rustique (recette, page 97) a préservé de la faim même aux temps difficiles de la guerre de 39. Elle interrompt souvent son récit pour laisser place à «ses réflexions de femme âgée radoteuse» ! En butte au racisme, à la xénophobie, la petite Rita souffre. L'école lui offre un havre ; avide de savoir, elle travaille bien et passe le certificat d'études avec succès. Jamais sa fringale de lectures ne s'apaisera. Elle fera d'elle une brillante autodidacte, une raisonneuse, qui rêve de changer la société de son temps. La rencontre d'un vieil instituteur en retraite encourage la jeune fille à «prendre des notes, à écrire mes impressions, mes pensées. Si l'on sait causer, on doit savoir mettre sur une feuille blanche tout ce qui trotte dans la tête. Peut-être mal, avec des fautes de langage, j'en demande pardon, mais cela encore sonne ma vérité». Très tôt, Rita aide son père dans son métier de bûcheron et sa mère dans les tâches ménagères (on la voit ci-contre, en 1935, avec son père, devant la cabane où ils vivent l'été, dans les bois. A gauche est suspendu le chaudron à polenta). Vite, contre un maigre salaire, elle prête ses jeunes forces dans les fermes voisines. Cette catholique fervente, élevée de manière puritaine, doit se défendre contre les avances des paysans au sang chaud : «une fois l'orage passé, avec humour, j'en souriais. J'en ai vu des «zizis» que l'on appelait autrement à notre époque (...) Et Maman qui me faisait sortir de l'écurie lorsqu'une bête mettait bas, si elle avait su ! (...) Toutes ces contradictions me mûrissaient vite (...) j'étais vieille avant d'être jeune...». Rita se révolte. On voit s'éveiller en elle la conscience civique. Nul doute que l'injustice faite aux femmes réactive le souvenir de l'injustice commise à l'égard des émigrés, aussi innocents qu'elles des crimes dont on leur fait grief. Féministe éclairée, Rita revendique l'égalité des droits dans le respect mutuel, et non dans un esprit revanchard. «Souvent comme Don Camillo, j'ai envie d'interpeller le Grand Maître, au nom du sexe faible, trop muet, n'ayant jamais le droit d'exprimer ses doléances...». Elle a du tempérament, Rita Secco : «Jamais personne n'a pu tenir en laisse mon esprit». Elle a son franc parler, plein de verdeur. A travers elle on lit l'émancipation progressive des femmes après la guerre. Sa belle vitalité lui permet de faire la part des choses. La beauté de la nature qu'elle aime passionnément et où elle voit l'œuvre du Créateur lui apporte l'apaisement. Attentive aux autres, avide de plaisirs, gourmande, elle sait apprécier les plaisirs simples :«Une bonne odeur s'élevait donnant un avant-goût de la dégustation dans des tasses où par petites gorgées on savourait ce breuvage chaud». Livre de raison, livre de sagesse, éclairé par la fraternelle figure du Christ, ce récit de vie «nature» est un précieux document sur la vie à la campagne de 1923 à 1950 et l'histoire des mentalités. Elle a raison, Rita Secco : elle aurait pu être «politicienne»...