Documentaire
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| 1- Médiathèque d'Ambérieu Etage | APA 3980 (Browse shelf(Opens below)) | Available | 0594881004 |
Il est des fils qui entretiennent avec ferveur le culte de leur mère bienaimée. Jean-Pierre Servente est de ceux-là, lui qui a noté fidèlement au fil des ans les souvenirs de jeunesse de sa mère et nous les livre dans ces pages en la faisant parler à la première personne avec la vivacité, la fraîcheur, l’humour qui la caractérisent. La seconde partie de l’ouvrage présente les « estampins » d’Elma, d’un mot qu’elle a elle-même forgé pour désigner ses toiles et ses dessins inspirés des peintres qu’elle aimait (Monet, Gauguin, Van Gogh et bien d’autres). Après sa mort en mars 2020, Jean-Pierre Servente a résumé la vie de sa mère dans un petit fascicule qu’il joint à cet ensemble. À travers l’évocation des jeunes années d’Elma, c’est l’histoire de ces familles italiennes émigrées en France au début du XXe siècle qui est brossée ici. Des familles de maçons, de chaudronniers, de peintres, de petits commerçants tous farouchement antifascistes et partageant, avec la détestation de Mussolini, les idéaux du parti communiste. Venus du Piémont, les grands-parents maternels d’Elma tiennent un hôtel-café-restaurant à Tenay dans l’Ain. Ils y hébergent les ouvriers (souvent des Italiens aussi) qui travaillent sur les voies ferrées ou dans le bâtiment. Fuyant Mussolini, les parents d’Elma les y rejoignent alors qu’elle a quatre ans. Son père est maçon, sa mère couturière. Ils auront cinq enfants, quatre filles et un garçon. Elma est la cadette. Chez eux on parle non pas l’italien mais le piémontais ou plutôt une sorte de dialecte familial qui mêle à celui-ci des mots d’italien et de français. Lorsque sa mère est enceinte de sa quatrième sœur, Elma part vivre chez ses grands-parents qui résident maintenant près de Miribel, à La Pavotière, une petite maison sans électricité ni eau courante, mais pourvue d’un grand jardin où elle aime jouer. Hélas, la grand-mère, lavandière de son état, n’est guère commode. Elle se croit d’origine noble et veut qu’on la vouvoye. Pour punir Elma qui est très tête-en-l’air, elle n’hésite pas à l’attacher aux meubles… Après la mort du grand-père, toute la famille vient habiter La Pavotière. Mécontente, la grand-mère préfère manger seule dans son coin. Ce sont des années heureuses car leurs parents, tout en les surveillant de près, aiment voir leurs filles rire, chanter, faire la fête. En bons Italiens, ils vénèrent Verdi dont ils connaissent par cœur tous les airs. Tout serait parfait pour Elma, s’il n’y avait pas l’école ! Comme elle ne parle pas le français chez elle, elle est très mauvaise dans cette matière. Les coups de règle, le piquet, le bonnet d’âne, la « pelote » (qui consiste à faire le tour de la cour avec son cahier accroché dans le dos) deviennent son lot quotidien. Sans parler des gamines qui la traitent de « sale macaroni » ! Heureusement il y a aussi des maîtresses compréhensives, telle Mme Dutel qui la prend chez elle aux heures des repas pour lui faire rattraper son retard. Au bout du compte, elle décrochera haut la main son certificat d’études. Munie de ce sésame, la voilà apprentie-coiffeuse, un métier dont elle maîtrise mal les codes. La preuve ? Elle fait scandale un jour en s’écriant tout haut en coiffant une cliente : « Elle a des poux ! » Elle apprend ensuite sans grand enthousiasme le secrétariat, mais comme elle est de santé fragile, sa mère préfère finalement la garder pour lui enseigner la broderie et la couture. Il faut dire que c’est la guerre et que l’on ne mange pas à sa faim, d’autant que la grand-mère a eu la mauvaise idée de vendre La Pavotière. Finis le potager et le poulailler, les Antonini vivent désormais dans un appartement où ils doivent de surcroît laisser une pièce à la disposition des soldats allemands. Puis c’est la Gestapo qui débarque et fait régner la terreur dans la ville. De son côté, Ninette, la sœur aînée, distribue des tracts pour la Résistance à Lyon. C’est la tête forte de la famille, la plus brillante aussi, elle a suivi les cours de l’École Pigier et Elma l’admire tout en rechignant à lui obéir. Les claques volent vite entre les deux sœurs. Mais c’est grâce à elle qu’elle trouvera après guerre un emploi dans l’usine de textile où elle travaille déjà. Et puis le 2 août 1949, c’est le drame. Ninette, mariée, se croit enceinte, or c’est un fibrome que son docteur n’a pas vu : elle meurt à 24 ans, plongeant la famille dans le deuil. Treize ans plus tard, c’est leur plus jeune frère, Marcel, si aimé, si insouciant, qui se tuera en voiture : « Que dire de maman ? Elle fut engloutie dans le malheur. » Pourtant, malgré toutes ces vicissitudes, c’est un sentiment de gaieté, de liberté qui l’emporte en lisant ces pages. Elma aime passionnément la vie, elle aime rire, danser, s’amuser et elle a toujours une anecdote drôle en réserve. Le bal du samedi soir est une institution qu’elle et ses sœurs ne manqueraient pour rien au monde ! C’est là d’ailleurs qu’elle rencontrera son mari, Lucien, en partie d’origine italienne lui aussi. Passé par le maquis, le jeune homme est de retour d’Allemagne où il a combattu avec l’Armée française. Il est chaudronnier et travaille très dur, mais son métier lui plaît, et il a, comme Elma, le sens de l’amitié. Ils auront deux enfants, Jean-Pierre et Catherine, et de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants que les photos nous font découvrir à la fin de ce récit, lequel nous laisse juste entrevoir ce que deviendra Elma ensuite : femme au foyer entre 1955 et 1970, elle sera deux ans durant vendeuse au Grand Bazar de Lyon (à Caluire) puis trouvera un emploi comme employée aux écritures dans une entreprise de textile avant d’être mise en préretraite à 57 ans à son grand désespoir, elle qui a tant besoin d’être active. Mais elle n’est pas femme à renoncer, elle peint, dessine, prend des cours d’italien, s’inscrit enfin à l’association des « Artistes réunis de Caluire » où elle noue de nouvelles amitiés. Elle ne regrette rien, elle trouve juste que sa vie a passé trop vite…